Voyage-Voyage
il fait 9° à Paris et ceci est un hors sujet. Ou Hors-Série. C’est vous qui verrez.
Je ne sais plus qui disait que sa plus belle bouteille était celle qu’il lui restait à boire. Pour ce qui est des voyages, j’ai envie d’adhérer à cet optimisme. Alors l’union des deux…
Drôle d’exercice que de participer à cette écriture à sujet et à deadline fixés par les Vendredis du Vin. Depuis l’énoncé du sujet, j’ai eu tout loisir de revivre mes voyages viticoles, à la recherche du fil que j’allais tisser pour en faire une toile et puis, non, un billet.
Tout d’abord, je n’oublie pas que c’est lors d’un voyage que mon avenir oenocole, que ma vie vitiphile, que le premier paragraphe du premier chapitre de mon amour des vins s’écrivit. San Francisco, 2005, Côte Rôtie. Mais ce moment précieux, je l’avais déjà décrit. Et ce billet sur commande demande de l’encre fraîche.
Mes souvenirs auraient pu s’attarder en Alsace où, enfant, je fus de nombreux voyages lors desquels mon père aima à faire ses emplettes dans les caves des producteurs, notamment ceux autour du Kaefferkopf. Odeurs de terre, caves voûtées et humides, vignerons au béret et au nez rouges, tout un tas de clichés qui s’inscrivirent de façon durable dans mon catalogue d’émotions olfactives et gustatives pour me servir bien des années plus tard lors de voyages plus statiques, ceux que nous faisons le long du sillon d’un verre à vin ou d’une carafe.
Puis, faisant un saut neurologique d’une vingtaine d’années, je me retrouve en voyages d’étude, avec les autres de ma promo. Bordeaux, Cognac, Champagne, Bourgogne, Alsace, Rhône, Languedoc, Cahors, Espagne, dans cet ordre. Chaque voyage initiatique à sa façon, où les plus belles rencontres furent celles avec les vignerons et leurs créatures. D’hommes rieurs et espiègles en Bourgogne, de femmes entrepreneuses et polyvalentes en Gironde, d’héritiers d’un savoir-faire maintenu, au seuil du rachat par une pieuvre aux quatre initiales, en Champagne, les voyages ont déplacé en moi une montagne d’impressions, superposé à la façon de Hockney les éléments formant au final la seule et même image; celle du terroir, celle du travail, celle de l’amour.
Ou alors je vous écrirai l’histoire de mon voyage dans le temps, ce voyage incomparable, inoubliable, pour lequel les superlatifs me manquent. Ce voyage non pas dans le temps maintenant que j’y pense mais hors du temps, un voyage d’une après-midi au domaine de la Romanée-Conti. Dégustation sur fûts, dégustation verticale de La Tâche et de Richebourg, pour finir sur quelques flacons du Montrachet du domaine… Entrer dans le sacro-saint et regarder à travers un prisme d’Histoire millénaire, être abasourdie par des arômes et des saveurs jusque-là inconnus et si bien mis en lumière par le maître de chai qui, patient et passionné, se montra un guide exemplaire. Normal, c’est son jardin.
En continuant de dérouler la pelote non de laine mais de lignes de train, de trafic aérien, me voilà de retour aux Etats-Unis, chez un importateur de la Côte Est. Et puis BAM! 2008! Ce que nous allions appeler La Grande Récession vient de frapper, et mon aventure outre-Atlantique se voit écourtée. Mais j’eus le temps d’y boire de belles bouteilles, de vieux Bourgognes surtout et d’y découvrir le domaine Boxwood, une perle au coeur du sublime paysage vallonné de la Virginie. Qui vaut le détour. Qui vaut le voyage. Qui gagne à être connu.
Puis non, l’histoire que j’ai vraiment envie de vous raconter, le voyage, c’est celui à Goujounac, au domaine Belmont. Une journée d’hiver quercinoise, faite de brume et de grand froid. Une équipe joyeuse de vignerons et de viticopains. De la truffe, beaucoup. J’appris une recette, je vis pour la première fois un chien truffer, plein d’éléments firent que je sortis de cette journée grandie.
En fait, peut-être que les voyages que je préfère sont ceux que font les vignerons pour venir nous voir. De nombreuses soirées de fête parisienne, de tablées joyeuses à base de chacun met sa quille, sont gravées dans ma mémoire comme autant de voyages à venir. Si les vignerons peuvent donner un air de Saint-Vincent à mes soirées, je peux aller promener ma Tour Eiffel par chez eux?
Du coup, je pourrais très bien fantasmer sur mes voyages futurs. Tous ces vignobles qu’il me reste à découvrir. Tou(te)s ces vigneron(ne)s avec qui je n’ai pas encore trinqué. Contrairement à leurs vignes, je suis une déracinée, et à chaque visite de vignoble je me construis de nouvelles origines qui plongent, toujours plus profondes, dans ce terroir magnifique qui est celui de demain.
Donc voilà, je pense que la boucle est bouclée, et en écrivant ce billet, effectivement, je pense que ma plus belle bouteille, mon plus beau voyage, seront à jamais écrits au futur.
Vinicolement vôtre,
Judith S.

Eh bien je pense après t’avoir lu que tu es une fille sensible qui n’a pas fini de battre les routes du vin. Bon voyage, Judith !
michel smith
January 27, 2012 at 18:43