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Domitilla 2006 (Ad Fines)

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Bonjour,

il fait 9° à Paris et un temps à faire du feu.

Aujourd’hui nous remémorons l’armistice de 1918. Cela me fait réfléchir à la fin des choses. La fin du combat, la fin d’une histoire, la fin d’un acte. Comment décide-t-on d’une fin? Est-elle indiquée par l’épuisement des ressources, des forces, du courage, de l’espoir?

Comment savoir si un point final clôture toute l’histoire ou marque la fin d’un chapitre, et quand est-ce que la ponctuation devient plus importante que le phrasé?

Quand on écrit une histoire, quand on fait un dessin, quand on peint une toile, on sait, on sent, quand il faut arrêter. Si on continue à retoucher on risque de tout détruire. Cela demande du temps, et une écoute toute particulière, mais c’est possible de sentir quand une fin est bonne et judicieuse. Dans la vie, c’est plus flou.  Parfois on abandonne plutôt que de finir. D’autres fois on fuit. La plupart du temps, malheureusement, on laisse traîner.

L’art de la fin n’est-elle pas là justement? Manger le fruit avant qu’il ne pourrisse? Préférer le point d’interrogation aux points de suspension? Quand on a quelque chose de si beau et de si fort que l’on se sent en permanence en sursis, ne vaut-il pas mieux reprendre une liberté inconditionnelle?

Avant la fin, bien avant, bien entendu il y a le début. Ecrire un commencement est tout aussi délicat que d’imaginer une fin. Certaines ouvertures sont harmonieuses, plaisantes, claires, inspirant à un abandon de soi parfois imprudent, souvent incompris. Entrer dès la première page de plein pied dans l’histoire,  se surprendre des tournures de phrase, du développement des protagonistes, vouloir avancer encore pour connaître la suite. Mais, certaines histoires tournent en rond. Certains livres sont mieux abandonnés au 4ème chapitre avant la fin. Certaines fins ne seront jamais à la hauteur de leur début.

Ce n’est heureusement pas le cas avec le vin sur lequel porte ce billet. Hier soir, à l’ébauchoir, en trempant mes lèvres dans cet étonnant élixir du rhôdanien méridional, j’avais de suite envie de parler amour. Signe fort, sublime et exactement ce que je cherche dans un vin. Non pas le don de la parole, mais bien celui de l’amour. De l’émotion pour être plus juste. Lorsque le vin a passé mes lèvres et s’est suavement glissé autour de mes papilles, de mon palais, j’en ai été emplie. Du velours, certes, mais encore, une chaleur charnelle, une beauté troublante, un frisson émouvant.

Le vin provient du domaine Ad Fines (aux extrémités / à la fin) créé en 2000 par Michel Roger, jusque là  spécialiste du logiciel informatique, et qui a vu se présenter à lui comme une évidence de faire revivre le vignoble entourant sa demeure du Lubéron.

Le vin est puissant sans être ostentatoire, long, souple, et bien qu’il évolue de façon intéressante dans le verre, il en ressort surtout une vraie constance, un vrai caractère. La fin est fidèle au début.

Je ne sais pas si c’était un signe précurseur que d’avoir bu ce vin hier soir, qui sait? En tous les cas il fera partie d’un très beau souvenir d’une très belle histoire. Puisque chaque bonne chose a sa fin, autant essayer de faire en sorte que celle-ci en soit à la hauteur.

Vinicolement vôtre,

Judith S.

Written by jjscenario

November 11, 2011 at 17:10

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